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A quel moment c'est arrivé ?

13 oct.
2 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 jours


Je me retrouve sur une plage, je lis mon bouquin, allongée sur ma serviette.


Je lis mais, comme d’habitude, j’arrive sans le vouloir à écouter les conversations.


C’est une petite plage comme je les aime. Petite, entourée de rochers et peu de sable à marée montante.


On est boudinés mais il est déjà tard et dans 30 minutes, le gros sera rentré pour l’apéro ou la douche. Moi, j’attends le coucher du soleil.


J’entends maintenant un môme qui se fait engueuler par, je suppose, sa grand-mère, parce qu’il court partout et arrose de sable les serviettes.


Je suis triste pour lui, je me dis que si ici, les gamins ne peuvent pas courir en paix… où alors ?




Je me remets à ma lecture, face mer, on est bien, le soleil décline tout doucement.

Je suis un peu comme mon chat, les yeux mi-clos, qui se fait toaster aux rayons du soleil du matin ou du soir.




Deux minutes plus tard, je me prends une volée de sable. Ma réflexion précédente, ma petite conviction, en prend un coup. Voilà qu’à la deuxième, je m’agace intérieurement et à la troisième je lâche un « oh ! Les gars ».

_ « S’cuse m’dame ».


Il ne m’a pas fallu plus de 5 minutes. Le M’dame fait mal.


A quel moment je suis devenue sérieuse ? A quel moment j’ai cru bon de quitter mon âme d’enfant et de considérer que c’était valable de penser que les enfants devaient être sages à la plage.


Je m’en veux. Je crois que je voudrais retourner dans cet espace-temps où tout est possible où mon seul objectif se décline au présent. C’est celui où je saute sur le dos de mon camarade de jeu pour lui dire « loup ! ». Où debout sur un rocher au-dessus de la tête d’un adulte invisible à mes yeux j’hurle : « V’NEZ ! J’ai trouvé une super grotte ! », nez au vent et fière. Où les pieds ancrés dans le sable, vêtue du maillot de bain short de mon cousin parce que j’avais dû perdre le mien, accroupie, je scrute inlassablement les nacres ou les grains de café pour ma collec’.


Cet espace-temps où je suis évidemment libre de savoir ce qui est bon/mauvais, triste/gai sans entrave.


Il s’est passé quoi, malgré moi ?


Suis-je aigrie par la conscience d’avoir perdu cette innocence ? Est-ce cela dont parle Bobin : « La grande menace du sérieux » ?



 
 
 

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