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Acheter des légumes

  • il y a 3 heures
  • 3 min de lecture

La ferme de la Goettaz - Le Bourget du Lac


Ce n'est pas accueillant.


Au bout de la vallée. Ça ne vend pas de rêve. On ne vous attend pas à bras ouverts. V


ous hésitez parce que vous avez l'impression de rentrer chez quelqu'un. Vous vous dites que quand même "ça pourrait être mieux indiqué". En bon consommateur, une belle pancarte avec une entrée ce serait bien. Petit décalage entre le site internet et le lieu.


Vous passez l'arche en fer qui tient par un mystère non résolu, si c'était vous, vous feriez quelque chose pour que ce soit plus présentable. Vous êtes, dans le fond, un petit peu fâché qu'on vous oblige à voir les personnes, à demander votre chemin.


Vous ne savez même pas si les bâtiments sont des bâtiments communs ou des maisons. Vous trouvez un monsieur, sourire en coin, qui vous dit "c'est bien là" mais ne bouge pas. Et vous ne voyez toujours pas la queue d'un légume.


Flottement.


Vous remerciez dans votre tête, cette dame, qui vient vous "sauver" et vous propose de faire la "visite".


Soulagement.


Questionnement.


Mais vous venez juste acheter des légumes vous, pourquoi parle-t-elle de « visite » ?


Vous passez des logements mobiles plantés ici depuis des lustres (han…l'hiver ça doit être rude), un bâtiment avec un vieux tracteur qui vous rappelle furtivement votre grand-père, agriculteur.


Une petite cabane avec des machines à laver. Une dame qui ne semble pas vous voir, qui avance lentement dans l'herbe, en blouse, avec des chaussettes bien trop hautes pour ses chaussures écrasées bien trop basses. À combien vivent-ils ici ? Des serres en plastiques où l'on devine des plants de tomates.


Et doucement, sans vous en rendre compte, au détour de la "visite", vous perdez votre rôle de consommateur, vous renouez avec vos émotions….


L'impression de violer une intimité tombe, ici, cela semble être à tout le monde, on respecte. La propriété est un joyeux bazar. Ici on ne cherche pas à faire beau, tout est utile, fait d'amoncellements de "au cas où" qui doivent vraiment servir.


Ce n'est pas une ferme magazine, ça vit. Ça transpire l'authenticité, le naturel, le VRAI. Ici, ça bosse, pas besoin de le dire. Confirmation. Ils ont moissonné hier. Votre grand-père ressurgit à midi, pendant la moisson, pour déjeuner, plein de poussière, fatigué par la chaleur, en bleu de travail et tee-shirt. Vous êtes à nouveau, l'espace d'un instant, petite fille sur le talus, en Normandie, à écouter le bruit des machines et sentir l'odeur de la poussière.




Enfin, on avait presque fini par oublier pourquoi on était venu… on arrive à la grange aux légumes : ils viennent confirmer le ressenti, tout est aligné, le clou de la visite : ils sont authentiques, leur forme n'est pas celle des supermarchés et pourtant on leur fait plus que confiance pour être excellents.


Ils ne sont pas faits pour être mannequins légumes : ils sont beaux parce que l'on sait qu'ils sont bons.

Nos sens SAVENT, pas besoin de bla-bla commercial. Pareil pour la farine maison, le miel, le vin…On sait que ce qui est ici, c'est de la même famille. Ça ne brille pas par son étiquette. 


Sursaut consommateur.


Dans la grange, on cherche le caissier. Et la dame vous fait savoir que ce n'est pas la peine de le chercher : c'est vous. Une balance, un mode d'emploi écrit sur une ardoise, une boite en fer type galettes bretonnes pleine de monnaie, usée par le temps. Tu mets ton billet, tu reprends ta monnaie.


Merde. La monnaie. Faut redescendre au village.


Enfin, des légumes dans les bras, on se réjouit de l'expérience plus que de l’achat parce que l'on sait que ce que l'on vient de vivre est un moment suspendu, exceptionnel, comme on n’en trouve presque plus - l'histoire d'une demi-heure (sans compter l'aller-retour au village pour la monnaie) - on est revenu à l'ESSENTIEL.

 
 
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