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Un pas au paradis

  • il y a 6 heures
  • 3 min de lecture

Galerie Kunst Klass — Houtave


Vous vous êtes posé là au détour de votre balade à vélo dans les polders. C'est plat. Le soleil tape fort. Canicule.


On voit très loin à l'horizon. Les surprises sont sur le fil, au dernier moment, un trou sur la route, un oiseau qui s'échappe d'un buisson, une vache qui lève la tête, un autre vélo au prochain virage, quand il y en a. Sinon, on a tout sous les yeux, tout le temps.


Le seul jeu consiste à s'assurer que ce que vous voyez déjà de loin depuis 1/2 heure est bien ce que vous voyez en passant devant. Vous attendez le prochain arbre pour vous arrêter boire un peu.


Alors quand vous entrez dans un village avec une présence, si minime soit-elle vous vous arrêtez.


Vous choisissez de parcourir les deux / trois ruelles du village pour nourrir votre curiosité qui toque à la porte depuis un moment.


Comme la faim à votre estomac. Mais elle, elle attendra.


C'est calme.



Une nichée d'oiseau planquée dans une gargouille. C'est bucolique.



Ici, vous le sentez, il faut bouger la tête, tout ne vous tombera pas dessus comme dans les polders.









Les mains dans le dos vous avancez et vous découvrez 3 vélos garés sans cadenas devant un bâtiment avec une pancarte en ardoise "Galerie Kunst-Klass".


Vous avez vu l'atelier boutique d'une céramiste un peu plus loin. Ici c'est un village d'artistes.


Vous vous approchez, un peu timidement.


Vous n'êtes pas artiste et vous n'y comprenez pas grand-chose à l'art, suffisamment peu pour ne pas avoir à tenir une conversation sérieuse.


Vous savez si quelque chose est beau, parce que c'est beau, point. Et il y a fort à parier que l'on ne sera pas d'accord avec vous et que vous ne pourrez pas disserter sur votre avis … donc vous avez tendance à laisser les autres donner leur avis avant, ainsi, c'est à eux que vous demandez des explications.


Maline.


Une statue de personnage derrière une des vitres de l'entrée. C'est beau.


Ça suffit pour que vous osiez passer la porte. Vous tombez sur Jenny. Elle parle anglais.


Vous baragouinez deux/trois mots pour comprendre qu'ici, vous êtes bienvenue.


Jenny vous fait entrer dans son atelier. Vous n'avez jamais vraiment vu d'atelier d'artiste. Peut-être dans un musée, dans un film ? Mais là : vous êtes subjuguée, prise au dépourvu. Vous n'avez pas les mots en français alors pour l'anglais… il y en a partout : des pots de peinture, des bouts de tissus, de bois, des tiges en fer, du carton, des chevalets, ça sent le bois, le vieux tissu, la colle et la peinture sèche. C'est moche, sale et terriblement beau. On n'a pas envie de toucher, tout est imparfaitement à sa place du sol au plafond.


Jenny ne parle pas. Elle continue de faire ce qui l'occupait. Vous vous sentez une intruse à ce moment-là et vous ressortez avec la conscience d'avoir reçu, gracieusement, un énorme cadeau.


Le reste de la maison est une galerie ; des statues, des tableaux, des sculptures. Un monument d'inspiration.


Vous croisez le mari de Jenny. Ils s'embrassent comme de jeunes amoureux. Ça vous donne des frissons. Ils sont beaux eux-aussi.


Vous devinez avec impatience que le jardin est à la hauteur du reste… et vous débarquez au

Paradis.



Un grand noyer, une pelouse, des allées, des plantes, des fleurs, des fauteuils, des

sièges, des tables de bar en fer forgé qui ont fait leur temps à l'épreuve des éléments, des œuvres à chaque recoin.


Et un petit jardin derrière le jardin, et un cerisier, et une piscine naturelle. Des recoins absolument partout.


Asseyez-vous on peut vous servir une boisson. Mais où est-ce que vous vous asseyez ? Chaque endroit vous appelle. Vous êtes servis mais vous ne faites que vous lever pour regarder un peu plus loin.


Vous devinez que derrière ce semblant de capharnaüm, il y a un énorme travail d'artiste. Traduire sa sensibilité, son émotion aux 4 coins de ce jardin et les rendre accessibles à tous est un chantier infini. D’une générosité infinie.


Vous n'avez pas de jardin mais si vous en aviez un, vous le rêveriez comme ça.


Ici vous perdez vos repères, il n'y a aucune case, ni beau, ni moche, ni vieux, ni jeune, ni ouvert, ni fermé, ni perfection, ni imperfection. Il y a la justesse des émotions des Hommes.


C'est beau.


Il est temps de manger le pique-nique.

 
 
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