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Et si faire la queue pouvait être un plaisir ?

9 oct.
2 min de lecture

Il fait beau.


Vous sortez du marché avec votre vélo et vous aviez l’idée de prendre un café sur la grande place.

De ces idées fugaces qu’on ne met pas en pratique alors qu’on sait que cela aurait été pas mal. Qu’est-ce qui vous a retenu ? Vous ne savez pas.


Vous repartez donc du marché pour passer par le parc, pour compenser cette légère frustration que vous ne vous verbalisez pas : c’est trop tard.


En arrivant au coin du boulevard, vous entendez une musique classique, dont le son couvre le quartier, comme si un type au feu avait laissé sa fenêtre de voiture ouverte pour faire profiter tout le monde d’une Symphonie de Beethoven. Étrange. Ce n’est généralement pas le genre de musique dont on nous gratifie dans ces cas-là.


Bref, vous êtes interloquée par la musique, vous vous arrêtez au coin avant d’entrer dans le parc et vous comprenez que la musique vient d’un marchand de café.


Un grand triporteur, des fleurs au pied, la musique à fond. Amusée, vous cherchez l’enceinte bien cachée pour laisser la magie opérer.


Vous êtes au pied du boulevard et pourtant, en 2 minutes, vous êtes transportée dans un univers poétique, vous ne voyez plus les feux, les voitures, vous ne voyez plus que l’entrée du parc. Vous êtes prise dans la spirale de la symphonie et vous vous mettez à faire la queue, sans vraiment réfléchir. Probablement pas pour le café, vous n’avez même pas vu la carte, mais pour l’ambiance, les fleurs, les arbres du parc.



Et la vue sur le spectacle.


Hypnotisée, vous voyez Vojta préparer les boissons.


Mais c’est plus que ça : au rythme de sa musique, il est le chef d’orchestre de la préparation. Il est concentré comme un maestro en exercice, il a sa baguette de direction : buse vapeur, broyage, claquements et autres pompes et pistons obéissent en chœur. Il y met la même énergie qu’un grand chef d’orchestre : il enchaîne de tout son corps : allegro, adagio et menuet jusqu’à vous remettre votre boisson.


Vous avez vite compris que prendre un americano noir et sans sucre au Café Bravo n’a pas le même intérêt que prendre une boisson plus complexe, et s’assurer le spectacle d’une symphonie entière et d’entendre tous les groupes d’instruments !


Ce n’est pas encore à vous, c’est interminable, la queue n’avance pas et c’est tant mieux. Ce qui est rare.


Vous vous surprenez à bouger au rythme de sa direction en faisant la queue et c’est enfin à vous ! Vous êtes au plus près de la scène, vous voyez tout de cette poésie.


Il y a des grigris sur son étal et des attrape-soleil : c’est lui le soleil et il nous renvoie de la joie et une certaine idée de la façon dont on peut vivre son métier. Il cache tout ce qui est moche autour, on ne voit plus que le beau et le bon de ses produits. Tout est juste. Même les grands arbres du parc le regardent.


Vous prenez votre boisson, To Go normalement, mais vous prenez le temps de la boire ici pour profiter, encore un peu et avec un nouveau point de vue, de ce spectacle.


La vie est faite de choix… et de non-choix. Vous auriez pu être sur la place du marché pour un café.



 
 
 

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